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  • Lettre à la mère imparfaitement parfaite/parfaitement imparfaite

    Lettre à la mère imparfaitement parfaite/parfaitement imparfaite

    Chère toi,

    Souviens-toi d’avant. Avant le ventre qui s’arrondit, avant le test de grossesse, avant les idées de bébé. Tu te rappelles à quel point tu pensais te connaître ? Tu te rappelles comment tu te projetais, comment tu imaginais ta vie future, tes principes d’éducation, ta manière d’être avec tes futurs enfants ?
    Toutes ces idées se sont probablement accrochées un peu pendant la grossesse et puis boum, en une seconde, les dés ont été relancés.

    En une seconde, il était là. Ton bébé. Après ce qui a probablement été l’une des épreuves les plus intenses de ta vie, il était là. Après les douleurs si difficiles à gérer, les imprévus, les temps d’attente, les examens de contrôle, les rushs d’adrénaline, les tempêtes d’hormones, les poussées ou l’arrivée au bloc, après tout ça, il était là et il a tout changé.

    Au tout début, tu n’en as peut-être pas compris toute la portée. Tu as alterné entre les pics de bonheur intense, le mode survie et cet instinct animal qui s’est emparé de toi et t’a poussée à protéger ce petit être coûte que coûte. Au passage, tu as aussi découvert le vrai sentiment d’impuissance quand tout ne se passe pas comme prévu, quand il y a un pépin et que, malgré toute la meilleure volonté du monde, tu ne peux pas trouver une solution qui arrangerait tout en un clin d’œil.

    Peu à peu, les choses se sont stabilisées et tu as commencé à t’habituer à ta nouvelle réalité et c’est là que tu t’en es rendu compte. La Toi d’avant, celle que tu as toujours connue, elle n’est plus là. Peut-être que tu attendais inconsciemment qu’elle revienne mais tu as fini par réaliser qu’elle était partie pour de bon. A la place, il y a quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui lui ressemble tout en étant différente, quelqu’un que tu ne connais pas encore complètement. Et dans le même temps, dans tes bras, il y a cette autre petite personne que tu apprends à découvrir tout en l’aimant plus fort que tu n’as jamais aimé avant. C’est un drôle de sentiment hein ? Cette immense vague d’amour pour quelqu’un qu’on vient à peine de rencontrer.

    Le temps passe, le petiot grandit et tu as sans cesse l’impression de faire la connaissance d’un nouvel enfant. Tu continues à l’aimer si fort et dans le même temps, ton bébé du tout début te manque.
    Ton petit évolue, apprend sur le monde et sur lui-même, il découvre un peu plus chaque jour, il expérimente et son point de repère, c’est toi. Les émotions par lesquelles il te fait passer sont intenses et te font parfois explorer des facettes de toi insoupçonnées jusque-là.
    Tu n’as jamais aimé si fort, été si émerveillée et en même temps, tu n’as jamais été poussée à ce point dans tes propres limites.

    Il y a cette bulle de vous, votre famille, les moments que vous partagez, tes valeurs et ton histoire que tu lui transmets.
    Et puis il y a le monde extérieur, le regard des autres et l’effet que ça a sur toi. Tu te sens portée et soutenue par les présences bienveillantes qui t’entourent mais parfois, tu ne te sens pas sûre de toi, tu as l’impression d’être une novice et de ne pas faire ce qu’il faut. Parfois tu es agacée par les conseils et les avis que tu n’as pas demandés mais qu’on te donne quand même. Parfois, tu culpabilises face à ces mères qui te semblent parfaites, avec l’attitude parfaite, l’enfant parfait et les principes d’éducation parfaits.

    Toi, tu es là avec ton petiot, tu navigues tantôt en eau calme, tantôt sur une mer déchaînée. D’un côté, tu ris aux éclats, tu serres fort contre ton cœur, tu papotes et tu écoutes. De l’autre, tu perds patience, tu montes dans les tours, tu hurles tellement que c’est comme si tu sortais de ton propre corps. Souvent, tu as l’impression d’être un ring de boxe et que ton petit est comme un boxeur qui se jette dans les cordes. Les cordes de tes limites, du cadre que tu lui donnes, qu’il teste, dont il a besoin pour se sentir en sécurité mais qui est parfois si difficile à tenir.

    Aujourd’hui, j’ai envie de te dire de les envoyer balader, ces foutues mères parfaites en toutes circonstances. D’ailleurs, tu sais quoi ? Elles n’existent pas vraiment. À elles aussi, il leur arrive de hurler, de ne pas réagir tout de suite comme il faut. Elles aussi se sentent démunies à certains moments. Elles aussi, elles apprennent, tous les jours.

    Aujourd’hui, j’ai envie de te rappeler que, pour ton petiot, la meilleure mère au monde c’est toi. C’est toi qu’il a choisi, c’est toi dont il a besoin. C’est toi qui l’accompagneras toute sa vie. Et le plus beau cadeau que tu peux lui offrir, c’est d’être heureuse.
    Alors redresse-toi, mets tes mains sur tes hanches et lève la tête parce que tu sais ce que tu es ? Une super-héroïne, une foutue guerrière.

    Bonne fête à toi, à moi, à nous.

    Thérèse 

  • Lettre à mon syndrome de l’imposteur

    Lettre à mon syndrome de l’imposteur

    À toi qui es là depuis si longtemps, trop longtemps… Ma deuxième bouteille à la mer est pour toi parce que je veux te voir t’en aller au large le plus rapidement possible.

    Je me souviens de ma vie d’avant, ma vie sans toi : j’écrivais des dizaines d’histoires, je les illustrais, je les partageais sans me poser une seule question. Je mettais de la musique et je dansais sans me soucier une seule seconde de ce que ça pouvait donner d’un point de vue extérieur. J’avançais au gré des récits qui se créaient dans ma tête et je me fichais bien de savoir si ça pouvait passionner les autres. Bien sûr, j’étais très fière quand je faisais lire mes lignes à mon entourage et qu’en retour, j’avais des compliments et des louanges. Mais je suis persuadée que j’aurais continué même sans cela, tout simplement parce que les histoires étaient présentes en moi, que j’avais besoin de les écrire et que rien ne venait remettre ce besoin en question.

    Et puis un jour, tu es arrivé sans fracas, tu t’es installé doucement et sournoisement comme tu sais si bien le faire.

    « Je ne peux pas écrire ça, c’est trop nul. »

    « Si je montre ça, on va penser que je suis stupide. »

    « Ce n’est pas assez bien, je ne suis pas assez douée. »

    « Ça ne sert à rien, tout le monde s’en fiche. »

    « Pourquoi je n’arrive pas à faire ça alors que tout le monde y arrive ? »

    Au début, je ne t’ai pas identifié. Ta petite voix se mélangeait tellement bien avec ma voix intérieure, que je n’ai pas pu les dissocier. Pour être tout à fait honnête, ce n’est que maintenant et avec du recul que je peux t’observer pour ce que tu es réellement : un petit monstre vert juché sur mon épaule, penché sur mon oreille et constamment occupé à me murmurer des idées parasites. Un petit monstre qui se nourrit de mon estime de moi. Tu y es tellement accro que tu es prêt à t’attaquer à n’importe quel domaine de ma vie pour avoir ta dose quotidienne.

    Je t’ai laissé faire, si longtemps. Je t’ai laissé me chuchoter que j’étais insignifiante, que ce que je faisais n’était pas assez bien, que ça ne servait à rien puisque d’autres à ma place feraient d’office mieux que moi. Je t’ai laissé me persuader qu’un jour, forcément, tout le monde finirait par se rendre compte de ce que je suis : une énorme fraude, une auteure pitoyable, une incompétente, une amie inutile, une femme incapable, une mauvaise mère.

    Aujourd’hui, j’écris ces lignes avec toute la réflexion de ces deux dernières années et un vent de révolte monte en moi. Je ne suis pas tout ça, ce sont tes idées et pas les miennes. C’est ta voix et pas la mienne. Il est temps que tu quittes mon épaule et que tu t’en ailles une bonne fois pour toutes.

    À l’aube d’ouvrir une nouvelle page de ma vie, il est hors de question que je te laisse me prendre un gramme de confiance de plus que tout ce que tu as déjà englouti parce que je sais que si je te laisse faire, tu ne t’arrêteras jamais, insatiable et éternel insatisfait que tu es. Je sais que tu luttes, j’arrive presque physiquement à sentir tes petites griffes s’enfoncer dans la chair de mon épaule, je sais que ce n’est pas un combat qui se gagne en un claquement de doigts. Mais je sais aussi que ça en vaut la peine. Pour retrouver ces moments de créativité insouciante, pour sentir l’estime de moi revenir me réchauffer l’intérieur comme les rayons de soleil du printemps.

    Notre chemin commun s’arrête ici, aujourd’hui, maintenant.

  • Lettre à l’infirmier

    Lettre à l’infirmier

    Cher Toi,

    Tu as joué un rôle si important dans l’un des moments les plus difficiles, intimes, émouvants de ma vie et je ne connais même pas ton prénom… Cette première bouteille à la mer est pour toi.

    Laisse-moi te remettre un peu de contexte : décembre 2024, énorme hôpital bruxellois, service de gériatrie. Dans l’une des chambres, il y a un vieux monsieur centenaire, tout petit dans son lit, qui aurait pu atterrir en cardiologie ou en soins palliatifs mais, faute de place, il est là. Il est hospitalisé depuis une semaine pour une suite de problèmes empilés les uns sur les autres et qui font que, lentement mais sûrement, ses poumons se remplissent d’eau. Il tire fort pour respirer dans son masque à oxygène, il ne s’alimente plus et la situation ne va pas en s’améliorant. Ce monsieur, c’est mon grand-père.

    On est mardi après-midi et, pour la troisième fois de la journée, il est en détresse respiratoire. C’est là que tu entres en scène. Je suis avec ma tante qui me presse d’aller chercher de l’aide et c’est à toi qu’on m’envoie, toi qui es déjà occupé avec une autre patiente. En un coup d’œil, je vois que tu me reconnais, que tu fais le lien avec mon grand-père et tu lâches tout. Tu arrives dans la chambre, tu lui parles et, en voulant le redresser, tu passes ta main dans son dos. Au milieu de sa respiration chaotique, il parvient à te faire comprendre que ce contact lui fait du bien et, d’un mouvement qui semble d’une facilité et d’une évidence absolue, tu repousses ton matériel et tu prends mon grand-père dans tes bras.

    J’aurais aimé que tu le connaisses pour que tu puisses prendre la mesure de ce que ce geste représente pour lui. Je te l’ai dit, quand on le voit comme ça, on voit un tout petit vieux dans un grand lit d’hôpital mais si tu savais… Il n’est pas petit mon grand-père, il est gigantesque. Il a décidé qu’il vivrait pour toujours et il a tenu cent ans jusqu’à cette accumulation de petits problèmes qui font que tout s’effrite. Ce n’est pas rien, cent ans. Il y a deux mois, il conduisait encore parce que l’une des choses les plus précieuses à ses yeux, c’est son indépendance. Et il y a deux jours, il pestait pour rentrer chez lui parce qu’il n’a pas eu le temps de terminer d’écrire ses mémoires. Il est fier, entêté, déterminé. Et pudique, tellement pudique. Il rit nerveusement quand on essaie de lui exprimer des sentiments, il parle rarement des siens. Il étreint de façon maladroite, comme s’il ne savait pas comment faire.

    Alors ce moment où il est si vulnérable, là, seulement vêtu d’une blouse d’hôpital, ce moment où il parvient à te demander de l’aide et où tu l’enveloppes de tes bras, ce moment est une montagne aussi gigantesque que mon grand-père.

    Pour toi, il est un patient parmi tant d’autres dont tu dois t’occuper, il est un épisode au milieu d’une garde bien trop remplie, l’occupant d’une chambre dans un couloir. Mais tu es là et tu prends le temps. Tu restes avec lui quand nous devons sortir de la chambre pour que ta collègue et toi puissiez vous occuper de lui. Tu restes avec lui quand la médecin de garde arrive au pas de charge. Tu restes avec lui pendant qu’elle nous fait un compte-rendu de la situation dans le couloir. Et quand, finalement, on peut le rejoindre, tu es toujours là, tu le tiens encore dans tes bras et tu lui parles comme si vous étiez seuls tous les deux, tu le rassures à voix basse. La panique et la douleur n’ont pas tout à fait quitté ses traits mais il est déjà plus apaisé et c’est grâce à toi.

    Je ne sais pas si tu es au courant mais c’étaient ses dernières minutes de conscience. Peu de temps après, la morphine faisant effet, il a fini par s’endormir et il ne s’est plus réveillé avant de nous quitter, le lendemain après-midi.

    Je n’oublierai jamais ta douceur et ta patience. À mes yeux, ton métier est une course effrénée qui ne s’arrête jamais et pourtant, tu étais là pour ce moment suspendu. Du plus profond de mon cœur, merci pour ça.

    Prends soin de toi, aussi bien que tu prends soin des autres. 

    Thérèse

  • Intro

    Intro

    Un espace pour ma créativité trop souvent laissée de côté.

    Un espace pour mes mots. Des mots retenus, des mots oubliés, des mots manqués, des mots pour rire, pour pleurer, pour imaginer, pour exploser.

    Des lettres du passé, du présent ou tournées vers le futur, des lettres à des inconnus, à des proches, à des aimés, à des détestés, à des imaginaires, à des regrettés.

    Des bouteilles à la mer, mes bouteilles à la mer.